pastoraloup

Publié le par green_life_project

 


Ça y est je prend un peu de temps pour parler de ma mission Pastoraloup.

 

J'étais donc à « la Colette » une petite bergerie à environ 1500 m à coté de la petite station de ski de ALLOS, dans le Haut-Verdon.

 

2 Semaines c'est court, mais par moment ça paraissait long. En effet, c'est pas évident de s'intégrer du jour au lendemain au rythme et aux habitudes de vie d'un berger. En fait la bergerie où le berger logeait ne lui appartenait pas, c'était une sorte de location. Elle appartenait à un vieux monsieur complètement alcoolique qui devait boire 2 bouteilles de vin par jour plus 1 de pastis. Bon alors déjà le Patois moi je ne parle pas trop. Mais quand c'est un vieux monsieur soul qui le parle … could you speak French pleeeaaase ?

Alors parfois je répondais «  Oui, oui ! » sans même avoir compris la question. Bonjour les quiproquos !

 

Mis à part la tendance de nôtre hôte à lever souvent le coude, mon berger François était vraiment quelqu'un de bien et de respectable. Il ne boit pas d'alcool, ne fume pas. Déjà un bon point à mes yeux. Il n'en n'est pas moins que cela n'était pas forcément évident de passer pour un extraterrestre de la ville, qui en plus prétend défendre les loups .. ^^.

 

Le premier jour, j'ai eu droit à quelques réflexions rigolotes pour me souhaiter la bienvenue :

 

« Haa c'est toi le nouveau Ecoloup ? »

«  le quoi ?? »

«  Bah t'est un écoloup ! Tu viens pour les loups ? »

« heuu oui ! »

«  Donc t'est un ecoloup, con ! »

 

( ils rajoutent toujours « con » à la fin des phrases et pas seulement pour moi ^^. prononcer « Congn »)

 

Bon je ne parlerais pas des pseudo-débats sur la place du loup dans nos montagnes. J'ai timidement essayé de placer quelques arguments en faveur du canidé mais c'est pas facile. La plupart des bergers et éleveurs s'y opposent farouchement, et mon but n'était pas de me mettre à dos tout le monde dès le premier jour !

C'est assez rigolo de les voir pester sur le loup pendant tout le repas et puis d'un coup me tendre le saucisson : «  T'en veux l'écoloup ? » 

Il y avait une autre bénévole, Catherine qui passionnée par le métier était venue de son propre chef aider françois. Je lui tire mon chapeau puisqu'elle est resté près de 1 mois en alpage.

 

Quand il y avait trop de pression ou bien que l'alcool faisait dire à certain des choses méchantes, je pouvais toujours me réfugier dehors dans ma tente, à 10 mètres du troupeau et des patous.( cf photo en dessous)

 

 

C'était difficile au début de dormir à côté du troupeau dans ma mini-tente. Sur 1500 brebis, y'en a TOUJOURS au moins 300 qui toussent, 600 qui bêêêlent, et 500 qui font pipicaca. D'où l'intérêt de ne pas planter sa tente SOUS le troupeau dans le sens de la pente :-P

 

Les premiers jours, je me réveillais tout le temps dès qu'un patous aboyait. C'est un LOUP ?? c'est SÛR c'est un LOUP ! ! je sort en courant pour voir qu'en fait les brebis dormaient presque toutes et que c'était le patou qui avait dû aboyer un coup entre deux ronflements.

 

Sans rire, le fait de parler du loup à table, parler des autres autres troupeaux qui ont étés attaqués de l'autre coté de la montagne, ça contribue fortement à faire travailler l'imagination ! ! Il y a vraiment une nuit où j'étais persuadé d'avoir entendu des bruits anormaux et où j'ai commencé à paniquer. Mais rien ne me dira ce que c'était. Je n'ai rien vu dehors, les patous semblaient bien réveillés mais pas trop inquiets. Ce n'était peut-être rien. Par la suite, j'ai presque réussit à me convaincre que c'était mon imagination qui m'avait fait entendre ces bruits ! Dingue !

 

Bon je ne parlerai pas de l'orage. Si ce n'est que cela me pétrifie de peur. Surtout quand les montagnards me parlent de telles et telles personnes qui sont mortes foudroyés ici où là, comme ça, d'un coup.

 

Sinon, je me suis relativement bien adapté à la nourriture, le plus dur était de réussir à s'adapter au rythme. Mon berger François ne parlait pas beaucoup, et n'avertissait pas toujours du programme de la journée.

Un jour, on a pris un café à 7 h. On est allé déplacer le parc des béliers, puis autour de 10 h on a mangé du saucisson, du fromage, melon etc … J'avais un peu de mal, c'était un peu tôt pour moi. Et autour de midi, on a REmangé avant d'aller monter les brebis sur les pâturages. J'étais REPU, j'avais le ventre complètement retourné et je me suis trainé derrière les brebis tout l'après midi. Au moins, je n'avais plus faim ! ^^ C'est important car parfois on n'est pas de retour à la bergerie avant 21 h30 !

 

Le lendemain, tentant de montrer que je prenais le rythme, autour de 10 h je sort le saucisson le fromage et autres sur la table. Et là le Berger François me regarde avec des grand yeux en me disant:

«  On va quand même pas manger à cette heure là ?!? »

moi : «  Ha ? Ben .. je croyais que .. »

François : «  BEN non, on va monter la biasse avec les bêtes on mangera pendant la chôme » (faut le dire en mode marmonage/berger ronchon.)

 

La « Biasse » c'est du patois, et ça veux dire la «besace », le pick-nique en gros. Et la chôme c'est le moment et à la fois l'endroit où les brebis se reposent et ruminent l'herbe qu'elle ont mangée durant la matinée.

 

Le travail :

 

Donc finalement l'organisation d'une journée dépend entièrement du travail à faire. L'activité quotidienne la plus courante est :

Monter les brebis aux pâturages, les guider sur le bon « Biais » pour qu'elles mangent la bonne herbe, les faire passer par le point d'eau, les faire chômer au bon endroit..

Mais tout les jours il y a des nouveautés : Il faut soigner les brebis qui se sont blessés les pattes. Faire des plâtres, des piqûres, désinfecter etc ..

 

Contrairement à ce qu'on pourrait penser c'est pas simple de mener des bêtes en alpage. Il y a de l'herbe à gérer et de réelles stratégies à mettre en place pour optimiser la gestion de l'alpage. Un mauvais berger avec un très bon alpage n'aura pas des brebis bien rondes et pleines à la fin de la journée.

 

Les brebis :

 

Je trouve que les brebis sont des animaux à la fois complètement abrutis, et à la fois pas bête du tout. Ça dépend vraiment du contexte. Elle connaissent la montagne et savent où le berger veut les amener car cela fait des années qu'elle font ce chemin. Les vieilles brebis avec des grosse sonnailles sont là pour montrer le chemin aux jeunes. Mais parfois l'herbe est meilleure à coté. Et quelques gourmandes prennent du retard sur le troupeaux! Ces retardataires/rebelles deviennent vulnérable face aux éventuels loups présents.

Ce qui est marrant, c'est que si le berger les appelle en criant, les brebis rebelles rentrerons dans le droit chemin et iront rejoindre les autres. Elle SAVAIENT qu'elle faisaient des conneries ces BORILLES ! ! ( borille = pute ou salope en patois)

 

 

 

 

 

Les chiens de conduites :

 

Les chiens de conduites sont INDISPENSABLES. C'est dingue à quel point ces chiens sont utiles au berger. C'est vraiment le premier outil, ami, compagnon du berger. Ils économisent notre fatigue pour rassembler les bêtes. Mais il faut minimum 2 ans pour dresser un chien. Mon berger François, garde tous ses vieux chiens. Au total je crois 11 chiens, qui ont tous vécus la transhumance avec leur maître. Moi qui adore les chiens j'étais gaté ! Chaque chien à sa petite histoire c'est excellent. 

 

  Les patous :

 

Cependant vis à vie des patous ( les chiens de protection) je pense que la présence de ces nombreux chien a un puissant effet de distraction et les pousses à la jalousie. Ils avaient tendance à oublier leurs devoir de chiens protecteurs du troupeau pour tenter de venir se faire dorloter à la bergerie. Leur travail est normalement de rester nuit et jour avec le troupeau, de le protéger de toutes menace y compris celle du loup. 


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  Le troupeau était protéger par deux patous. Le père et le fils : «Bernard » et « Turko ». Turko était mon préférer, jeune chien magnifique et fougueux. Il avait tendance à trop rester au contact de l'homme. Bernard ( beber) était un bon chien et restait de lui même au troupeau. Mais il avait tendance à être parfois ULTRA violent notemment vis à vis de son fils Turko lorsqu'il s'agissait de se battre pour la nourriture. Imaginez des lions se battrent jusqu'au sang dans un fracas et des grognement absolument hallucinant. Ca fait un drôle de contraste avec le nounours blanc qui était venu se frotter tendrement contre toi il y'a a 15 min.

 

Finalement C'est peut-être pour cela que les loups ne sont pas venus ! Ils ont eu peur des patous ! ^^


Malgrès tout, je reproche un peu à François de ne pas respecter les règles standards de dressage des patous. Je ne suis pas spécialiste, mais par exemple le fait de nourrire les patous à la bergerie et non pas dans le parc de regroupement avec les brebis me semble être une erreur. Les chiens assimilent la bergerie comme leur foyer alors que leur foyer, leur famille, c'est le troupeau !




 



 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 Le berger :

 

Un rapide portrait de françois le berger qui m'a accueillit :

 

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Très courageux, téméraire, impose le respect par sa persévérance. Qu'il pleuvent ou qu'il neige François ira monter les brebis. Tous les jours de la semaine, sans répit, sans RTT, sans dimanches pour se reposer. Le travail est ABONDANT. Plier les filets, soigner les bêtes, monter les bêtes, nourrir les chiens, tuer les agneaux pour les cliens, nourrir les agneaux, changer les batteries des parcs, déplacer les parcs car les déjections et le piétinement sont vecteurs de maladies, tuer les brebis trop malades etc.. etc . 

 

J'ai été impressioné par le bon sens et la vision pragmatique qu'avait françois du monde. J'étais parfois surpris qu'il développe des arguments simples mais fondés sur des sujets aussi délicats et complexes que les OGM ou le sens que prenait le mot « travail » de nos jours. Finalement ce séjour a été une très très bonne leçon de vie. J'étais un peu nostalgique à l'idée de quitter le berger, tous mes amis les chiens, et ce cadre magnifique et toujours présent que constituent nos montagnes.

 


 

 

 

 

 


Pour finir quelques annecdotes :

 

Pourquoi la source de montagne qui alimente la bergerie ne coule plus ?? c'est très gênant et ça inquiète tout le monde.

On creuse des trous partout pour vérifier que le tuyau est bien immergé dans le bassin de stockage de l'eau de montagne ( sorte de trous dans le sol à l'arrache). Personne ne trouvait le problème. Et finalement c'est moi qui ai mis le nez sur la souris qui s'était coincée à l'embout du tuyau. La moitié du corps aspiré et déchiqueté par la pression dans le tuyau ….... Beuuuaaahhhh c'est cette eau qu'on m'a dit PURE ? Et que je bois gouluement depuis une semaine sans me poser de questions ?? Mais combien de souris, rats, belettes ou autres ont pourris dans notre réserve d'eau « potable » ?? Je ne sais pas comment j'ai réussis ne pas tomber malade !! finalement j'ai attrapé la souris par une patte, j'ai tiré, et après le bruit de bouteille qu'on débouche ( mais pas la même odeur) l'eau s'est remise à couler.

Après ça, il m'a semblé reconnaître un soupçon de « reconnaissance » de la part du berger. Mais je me suis probablement trompé. ^^

 

Le moment où j'ai assisté à la mise à mort d'un jeune et bel agneau a été assez particulier. J'étais géné, car pour un citadin il est rare d'être confronté à la mis à mort d'un animal. Sans parler du découpage entier, de vider la carcasse etc .. Je n'étais pas vraiment « dégouté », seulement un peu étonné devant quelque chose que je n'avais pas l'habitude de voir. Mais l'éleveur Bernard qui s'est chargé de découper l'agneau me semblait faire ça avec talent, habitude et proprement. Si bien que mis à part le moment où l'agneau agonisait la trachée ouverte en perdant tout son sang, le reste ne m'a pas trop choqué. C'était assez professionnel. D'ailleur Bernard m'a alors affirmé qu'on manger les « couilles » ce soir. Moi : « ha bon ?? ». Un peu sceptique quoi … En fait c'était délicieux revenu à la poêle avec des courgettes et des oignons …

 

Cela m'a permit de visualiser clairement les étapes qui sont nécessaires afin de pouvoir se permettre le « LUXE » de manger de la viande. Je pense que dans notre société les gens oublient d'où proviens la côtelette ou la saucisse qu'ils achètent. Pensent-ils seulement une fois à l'animal qui a été sacrifié pour leur permettre de faire leur fameux «  BARBEUK » de fin de semaine ? Ont-ils conscience du temps et de l'investissement nécessaire pour produire de la viande de qualité comme celle de l'agneau que j'ai vu mourir ?

 

 

 

Mon agneau lui a été élevé en plein air, il a vécu dans la montagne et a brouté de l'herbe naturellement « bio ». Mais ce n'est évidemment pas le cas de tous les animaux élevés dans le but de produire de la viande de manière INDUSTRIELLE. Sans être végétarien, il faut manger peu de viande, et remercier la dame nature pour les rares et délicieux repas carnés que nous somment censé avoir de temps en temps. Il faut penser le plus fort possible à l'animal qui a perdu la vie pour nous nourrir. Garder ces choses en têtes est je pense très important. De nos jours les enfants finissent par s'imaginer que la viande ça pousse sous vide au rayon frais de la grande surface. En afrique, je ne sais plus quel peuple, mais il y en a un où les chasseurs font une prière et pleurent pour s'excuser auprès des dieux d'avoir tué une antilope (c'était sur arte, je vais retrouver l'émission). J'aime cette mentalité.

 

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Publié dans nature

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H
<br /> Salut<br /> Juste merci, j'ai pris plaisir à lire ton témoignage et visionner ton film Pastoraloup.<br /> J'y ai retrouvé plein de sentiments vécus, lors de ma propre mission en 2005 en Haute Bléone, dont je garde un souvenir impérissable...<br /> PS : bande son, qui est-ce déjà ?<br /> <br /> <br />
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